Carnaval en Provence
Tradition de Carnaval
Lei bouffet
Les bombances de Carnaval, avec les aliments flatulents qu'on y introduisait, assuraient le contrôle des souffles naturels, souffles à l'image des âmes errantes des morts qui rôdaient dans les vents en cette période de l'année. C'est donc à l'intérieur de ce mécanisme symbolique qu'on doit situer la danse des soufflets qu'on exécutait jadis en Provence. Voici ce qu'en disaient les joyeux danseurs dans un de leurs couplets : " Se, pèr hasard, lou bouffet pou vous plaire - Poudes approucha de tout caire - Poudes veni souvent - Vous dounaren de vent - Plus dous que lou mistrau - Que fai serra lou trauc ! (Si par hasard, le soufflet peut vous plaire - Vous pouvez approcher de tous côtés - Vous pouvez venir souvent - Nous vous donnerons du vent, Plus doux que le mistral - Qui fait fendre les troncs d'arbre !) Chaque danseur soufflant avec un gros soufflet plein de farine au derrière de celui qui le précédait libérait les âmes des morts qu'il portait en lui ; tel est le symbolisme de la danse des soufflets !
C'est l'ambiance du Carnaval d'autrefois, pas de gigantisme, pas de mercantilisme, juste de la joie, de la dérision de l'ambiance "bon enfant". Travestis traditionnels, pas de zorro, fées, spiderman du commerce, mais des sorcières vêtues de haillons, des arlequins, polichinelles, pétassou (personnage vêtu de morceau de chiffons), ivrognes, juges, bourreaux pour respecter la tradition provençale. Autrefois, point de confettis, mais de la farine. Pendant la période de Carnaval les tabous, les hiérarchies sont transgressées, les ordres confondus...C'est le règlement de compte collectif qui oppose été et hiver, gras et maigre, riche et pauvre, marié et non marié. C'est l'exorcisme contre les intempéries, les maladies et les catastrophes.
Il ne fera pas bon être vêtu de noir ce jour là, la farine sera soufflée à tous les vents...et c'est le temps des ganses et oreillettes, légère gourmandise de tradition.